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Ces enjeux sont évoqués sans véritablement être présentés comme de redoutables défis pour les décennies à venir. Qualité de l'eau, asphyxie de la circulation automobile, zone de bureaux dans des no man's land, trajets quotidiens sans fin, quartiers de ghettoisation de la population. A l'heure où les discours politiques jouent de la confusion des solutions à apporter, une prise de position est plus que souhaitable... Car après tout, la ville telle qu'on la découvre ici est-elle souhaitable et pouvons-nous encore collectivement y exercer une quelconque influence ?

L'auteur soutient la thèse d'une ville dont la structure, le rythme, la morphologie et le rapport aux habitants a entamé un processus de changement qui n'en est qu'à ses prémices. Etant entendu que la ville n'a jamais été le lieu d'un état statique et que les évolutions y sont permanentes. Chacune des thématiques abordées par Chalas suppose de s'intéresser aux autres tant les phénomènes sont aujourd'hui interdépendants. Par exemple, le sociologue montre pourquoi la distinction traditionnelle entre espaces urbain et rural n'est plus opératoire, tant l'espace occupé par la ville a tendance à s'étendre. Au point que l'on parle aujourd'hui de ville-territoire ou de ville-continue. En effet, si l'on prend pour exemple la bande qui s'étend de la région parisienne aux Pays Bas, et qui passe par le Nord-Pas de Calais et la Belgique, la densité urbaine est si forte, la population si concentrée sur des espaces géographiques réduits, que l'on peut d'ores et déjà parler d'une conurbation sans rupture. Ajouter à cela le réseau d'infrastructures d'échanges et de transports, les moyens de communication à distance que sont Internet, la téléphonie mobile, il est possible de parler ville-mobile. Et cela est aussi vrai pour l'axe nord européen que pour la mobilité de la population qui chaque jour traverse l'Ile de France pour des raisons professionnelles, familiales, de loisirs, etc. 

Cette dissémination du phénomène urbain conduit l'auteur à redéfinir la notion d'espace naturel. Si la ville arrive, à la périphérie des grandes agglomérations, à jouxter les champs cultivés, la nature domestiquée fait depuis longtemps partie de la ville. Sous la forme de parcs, forêts englobées dans les agglomérations, activités tertiaires et agricoles plus largement imbriquées, la nature " artificialisée " devient un des référents d'une économie humaine qui se déploie dans un environnement construit. 

La ville porte l'empreinte de nos modes de vie : travail éloigné du lieu de vie privée, concentration des zones d'achat (zones et centres commerciaux), mixité des activités de loisir dont la localisation est plus dispersée, discontinuité dans les occupations d'une journée - temps du travail, de la famille, des amitiés, de la culture, du jeux, etc. Ces nouvelles approches de la vie quotidienne, souvent adoptées par mimétisme plus que par choix individuel, tendent à faire de la ville un espace dont les centres vitaux se démultiplient et où le temps se dilate. Les zones périphériques des centres anciens sont des lieux de vie qui intègrent parfois emploi, logement, éducation, loisir. Le centre ancien ne concentre plus à lui seul l'ensemble des fonctions-clés de la vie citadine. La manière de vivre la ville se fragmente en autant d'attitudes singulières.

Enfin, Chalas distingue un septième thème, plus abstrait, celui de la ville-vide, qui ne serait plus un espace laissé vacant par indifférence, crise, abandon de volonté, mais par dessein ; friche industrielle que les édiles prennent le temps de considérer avant de la requalifier, espace paysager en plein centre urbain évoquant à nouveau la ville-nature. Le vide serait ainsi un élément de gratification, qui créé en lui-même de l'espace public, autour duquel la ville s'articule. Il pourrait aussi en être le centre, à partir de quoi la ville rayonne, s'étend, organise ses espaces et ses fonctions. Le vide, sorte de plan en négatif, nouvelle façon de définir la ville... 

Pourtant, en contrepoint à la vision de Chalas, le vide ne pourrait-il pas être l'aveu d'un manque cruel d'espace ? Le vide dans des lieux de concentration humaine qui ne cessent de se densifier, serait alors le palliatif à l'indisponibilité de territoires vacants. Une nouvelle étape de l'instinct grégaire en quelque sorte.
Greg Larsson
Photos © Antoine Stephani pour les Ed. Cercle d'Art

Yves Chalas est professeur à l'Institut d'Urbanisme de Grenoble 

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